Mare

                                           

 Qu’y a-t-il à l’intérieur de la mare, quand elle est posée au cœur du jardin ?

On y voit la vie au fil des jours, au gré des saisons et des années. Un réservoir de vie, un petit éco-système spécifique qui s’est mis en place plus ou moins spontanément. C’est un miroir animé qui converse avec le ciel zébré par la trace d’un avion ou le cri d’un oiseau de passage, l’œil rond d’un crapaud sous une feuille de nénuphar, le vol rapide d’une libellule de plante en plante.

Mais, d’abord, pourquoi une mare, là, tout près des voies du RER ? En 2005, après que la RATP a cédé l’emprise de ses grands hangars d’entretien des rames de la ligne B et que le tout nouveau quartier de la Sibelle a été achevé, il est resté une parcelle de terrain en friche. Une Association des Jardiniers de l’Aqueduc, nouvellement créée en jardin partagé avec l’aide de la municipalité, a investi ce terrain, et très vite, elle a souhaité y implanter une mare « pour flâner, contempler, apprendre ».

Réalisée en 2007 sur un textile géosynthétique, dans un endroit mi-ensoleillé, elle est alimentée par l’eau de la Ville. Des paliers permettent une descente douce vers le fond, et la profondeur, un peu plus de 80 cm, permet la continuité de la vie aquatique même en cas de » gel prolongé.

Depuis près de 15 ans, la mare vit sa vie semi-naturelle. Elle n’a cessé d’évoluer, de changer de parure, avec une végétation spontanée typique des bords de mare : iris des marais, massette, caltha, salicaire, épilobe, fougère, … mais aussi euphorbe, centranthe… Et dans la mare : nénuphar, papyrus, pontédérie, prêle, sagittaire, laitue et menthe d’eau…

La vie animale est variée : gerris, abeilles de rucher ou abeilles sauvages, libellules (agrion, libellule déprimée, anax imperator), papillons et insectes divers, poissons (gardon ou rotengle), canards en provenance du Parc Montsouris, parfois un héron cendré (venu plusieurs fois en février et mars 2021), oiseaux divers (mésanges noires et bleues, rouge-gorge, troglodyte mignon…)

Une population retient particulièrement l’attention : Bufo bufo, le crapaud commun. L’espèce est protégée. Elle a trouvé un milieu de vie très propice dans la mare. Chaque année en février-mars, c’est la période des amours (les femelles, agrippées par plusieurs mâles, sont alors soumises à rude épreuve), suivie du dépôt par les femelles de deux longs rubans gélatineux dont les œufs sont fécondés par les mâles. Dès la mi-mars, les adultes partis, il reste des milliers de têtards qui grouillent dans la mare. En mai leurs minuscules pattes apparaissent, et en juin les premiers jeunes crapauds de l’année sortent de l’eau et quittent la mare pour vivre leur nouvelle existence terrestre.

Et toute cette vie se déroule au cœur du jardin, sous la protection des arbustes ceinturant la mare, et entourée de parcelles individuelles ou communes (vigne, lavande, haie de rosiers…) et des multiples activités partagées proposées par le jardin.

Autre photo relative a la mare :